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Arts et spectacles | Jeudi 15 mai 2008 | 14:24

Festival de Cannes: tragiques amnésies dans les deux films de jeudi

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Par Pierre-Yves Roger, THE ASSOCIATED PRESS

CANNES - Massacre dans les camps palestiniens de Sabra et Chatila, désespoir d'une jeune mère emprisonnée à qui on a enlevé son enfant: l'heure n'était pas vraiment aux réjouissances, jeudi, au Festival de Cannes, dans les deux films présentés en compétition, au lendemain de la cérémonie d'ouverture.

Mais "Leonora", de l'Argentin Pablo Trapero, et "Waltz with Bashir", de l'Israélien Ari Folman, ont toutefois suscité l'intérêt des festivaliers par leur force dramatique, avec un thème commun: des troubles de la mémoire liés à des événements tragiques.

Les salles de projection du Palais des festivals se sont à nouveau remplies, alors que quelques nuages planaient au-dessus de la Croisette, et qu'Angelina Jolie, Jack Black et Dustin Hoffman, qui prêtent leurs voix à des personnages du film d'animation "Kung Fu Panda" (présenté hors compétition), posaient pour les photographes.

"Waltz with Bashir", premier film d'Ari Folman sélectionné à Cannes, est un documentaire d'animation qui relate l'expérience du réalisateur alors qu'il était soldat pendant la première guerre du Liban. De nombreuses années plus tard, suite à une rencontre avec un vieil ami, Ari est surpris de ne quasiment plus se rappeler cette époque. Pour découvrir la vérité sur son passé, il part à la rencontre de camarades côtoyés à cette époque. Des souvenirs souvent douloureux, entrecoupés d'images surréalistes, commencent alors à lui revenir...

Après "Persépolis", prix du jury 2007, un nouveau film d'animation politique débarque donc sur la Croisette. Ce procédé original permet à Ari Folman d'aborder, d'une manière assez captivante, un sujet tragique: le massacre de Palestiniens dans les camps de Sabra et Chatila, au Liban, perpétré en 1982 par des milices chrétiennes, alliées d'Israël, suite à l'assassinat du président Béchir Gémayel, auquel le titre du film fait référence.

Certains responsables israéliens de l'époque sont accusés de n'avoir rien fait pour empêcher ce massacre, alors qu'ils en avaient la possibilité, et Ari, qui se trouvait alors sur place, a l'impression d'avoir une part de responsabilité dans ce drame.

Bien construit, soutenu par une bande sonore puissante, le film n'apporte pas de nouveaux éléments sur le plan historique, mais il a plus de force qu'un documentaire traditionnel, et évoque aussi la manière dont un être humain peut mettre à l'écart des souvenirs trop douloureux.

"L'animation m'est apparue comme la seule solution, avec sa part d'imaginaire. La guerre est tellement irréelle", a expliqué le réalisateur, soulignant aussi la thérapie qu'a constituée pour lui le film, pendant les quatre ans de production. "Au cours de cette période, j'oscillais entre la dépression la plus noire, engendrée par les souvenirs retrouvés, et l'euphorie du projet de film, avec cette animation novatrice", a-t-il confié.

Compétition argentine

"Leonora", le deuxième film en compétition jeudi, aborde également ce thème de la mémoire troublée. Julia (Martina Gusman), 26 ans, enceinte de quelques semaines, se réveille et découvre près d'elle le corps du père de son enfant, assassiné. Incapable de se souvenir des circonstances du meurtre, elle est incarcérée dans une prison pour jeunes mères, en attendant son procès.

Elle y donne naissance à un fils, Thomas, qu'elle doit pouvoir garder auprès d'elle jusqu'à l'âge de quatre ans. Mais sa mère, Sofia (l'actrice-chanteuse Elli Medeiros), qui vivait en France, revient pour sortir l'enfant de prison. Dès lors, Julia va tout faire pour récupérer son enfant.

Réalisé par Pablo Trapero, "Leonora", un des deux films argentins en compétition (avec "La mujer sin cabeza", de Lucrecia Martel), est un long-métrage dur, réaliste et par moments poignant, emmené par l'interprétation convaincante de la superbe Martina Gusman. La réalisation reste toutefois très classique, alourdie par quelques longueurs.

Vendredi, deux nouveaux films sont en compétition, évoquant de manière différente des histoires de famille en crise: "Un conte de Noël", d'Arnaud Desplechin (premier des trois longs-métrages français pouvant prétendre à la Palme d'or), et "Uc Maymun" ("Les Trois Singes"), du Turc Nuri Bilge Ceylan.

"The Third Wave", de l'Australienne Alison Thompson, sera projeté dans le cadre de la "séance du président du jury", en présence de Sean Penn.

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