International
17 mai 2008
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A Rangoon, des chauffeurs de taxi, des lycéens, des professeurs, des patrons d'usine -dont bon nombre sont eux-mêmes à la rue-organisent des convois impromptus vers le delta de l'Irrawaddy, la zone la plus sinistrée.
"Ce sont eux les véritables héros humanitaires", salue Bridget Gardner, représentante de la Croix-Rouge internationale en Birmanie, impressionnée par l'afflux de bénévoles donnant les premiers soins sur le terrain.
Les Birmans ont pris les choses en main, organisant des collectes dans chaque entreprise, vivres, vêtements, eau... Ceux qui n'ont rien eux-mêmes donnent leur temps, leur énergie, pour aider à nettoyer les décombres et reconstruire les villages rayés de la carte par le passage de Nargis, le 3 mai.
"Nous voulons aider les victimes du cyclone à notre manière", explique Mya Win. A 49 ans, elle a transformé en soupe populaire sa petite épicerie d'une banlieue de Rangoon où nombre de bicoques en bambou ont été détruites: elle cuisine chaque matin des marmites de riz gluant au coco pour nourrir les affamés. Et en envoie aussi aux milliers de sans-abri qui ont trouvé refuge dans les monastères bouddhistes.
Dans les églises catholiques aussi, prêtres et nonnes s'investissent pour aider les nécessiteux. "Nous dépendons totalement des dons privés pour nos repas de chaque jour", explique Aung Min, 53 ans, installé au monastère Thaung Gyi avec sa femme et ses trois enfants.
Selon l'ONU, qui craint que le bilan des morts ne dépasse les 100.000, il y a aussi deux millions de survivants qui ont besoin d'aide d'urgence.
Bloquée face aux étrangers, la junte contrarie aussi les efforts des bénévoles birmans. Ils sont arrêtés aux barrages militaires, se voient intimer l'ordre d'abandonner leur cargaison pour qu'elle soit distribuée par l'armée... Plutôt que de risquer que cette aide n'atteigne jamais ceux qui en ont besoin, certains font demi-tour. D'autres tentent de forcer le passage, en offrant en échange une partie de leur cargaison aux soldats.
Zaw Htin, étudiant en médecine, est rentré extrêmement frustré d'un périple dans un des centres gouvernementaux de réfugiés de Bogalay, au coeur du delta. "Je suis terriblement en colère. Ils ne veulent pas que nous restions, que nous parlions aux gens. Ils veulent que nous laissions notre aide pour qu'ils la distribuent".
"Comment est-ce que je peux soigner les blessés si je n'ai pas le droit de leur parler? Comment pouvons-nous leur apporter une assistance médicale si nous ne pouvons pas les toucher, pas les examiner?".
"Leur courage est bouleversant", soupire Tim Costello, président de l'ONG World Vision-Australia, coincé à Rangoon après s'être vu refuser l'autorisation de partir pour le delta. "Ils ont réagi d'une manière magnifique. Il n'y a aucune aide efficace de l'armée".
Plusieurs organismes humanitaires internationaux passent par ces réseaux de bénévoles birmans pour transmettre l'aide et assurer le strict minimum du travail d'assistance, formant rapidement les locaux avant de les envoyer sur le terrain.
Quant aux hommes d'affaires locaux, certains offrent le carburant à prix subventionné aux volontaires partant pour le delta, d'autres donnent riz, eau potable ou matériel de purification. Un armateur a proposé deux de ses bateaux pour les transformer en hôpitaux flottants.
Même quand ils n'ont rien, les Birmans font ce qu'ils peuvent: incapables d'aller jusqu'au delta, des lycéens font du porte-à-porte dans les quartiers dévastés de la banlieue de Rangoon, distribuant quelques piécettes, ou des douceurs pour les enfants. Une association de randonnée de l'Université rassemble les dons à envoyer aux sinistrés. "Comme je n'ai pas de moyens, je contribue en aidant à distribuer les dons", explique Nyi Nyi, étudiant de 21 ans. "Quand nous distribuons du riz et des vêtements, les visages des victimes s'illuminent. C'est notre récompense de les voir sourire".
Les Birmans sont extraordinairement résilients, après des décennies d'oppression et de misère sous le joug d'un terrible régime. Et savent compter les uns sur les autres, surtout en temps de crise. "Les gens ici ont une éthique bouddhiste et chrétienne. Ils ont décidé: 'c'est ce que nous allons faire, et voilà, c'est tout'", souligne Tim Costello.